La salle des espèces menacées et disparues

Rares, parfois uniques au monde, ces spécimens sont les derniers témoins d’espèces disparues ou de populations en effectifs très réduits dans la nature. Le responsable ? L’homme, qui a réussi à rayer du futur tout un potentiel de l’évolution…

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Extinction express
Symbole absolu de la prédation humaine : le dodo. Un moulage de cet oiseau, qui peuplait l’Île Maurice jusqu’au XVIIe siècle, vous accueille dans le hall. Si l’extinction des espèces est un phénomène naturel dans l’histoire du vivant — à commencer par la disparition massive des dinosaures il y a 65 millions d’années —, c’est la première fois qu’une seule — l’Homme — en décime tant d’autres, et à un rythme accéléré. Ainsi, au cours des 300 dernières années, quelque 1 000 espèces se sont éteintes à une vitesse fulgurante.

Triste trésor
Vous pénétrez dans la Salle des espèces menacées et disparues… Sous vos yeux, dans une pénombre fraîche nécessaire à la conservation, plus de 430 animaux et plantes issus du trésor des collections patrimoniales du Muséum patientent pour l’éternité dans des vitrines aux boiseries et verres d’origine. Pour vous donner une idée précise du niveau d’alerte concernant chaque spécimen, un étiquetage mentionne son statut, à l’échelle globale ou locale : éteint, éteint dans la nature, en danger ou vulnérable.

Reliques historiques
Ici, plusieurs spécimens appartiennent à des espèces collectées depuis le XVIIIe siècle que les activités humaines ont rayé à jamais de la surface de la Terre. Outre le célèbre dodo ou dronte de Maurice, exposé dans le hall, le squelette d’émeu noir est une pièce unique au monde. Provenant d’une île proche de l’Australie, cette espèce traquée pour sa chair a probablement cessé d’exister avant 1840. Autre pensionnaire, le cerf de Schomburgk, dont le spécimen naturalisé est unique au monde. De l’aepyornis, un oiseau géant de Madagascar disparu au XVIIe siècle, seuls quelques œufs et ossements subsistent aujourd’hui…

Colonisation insulaire
Connaissez-vous le bandicoot du désert, l’iguane antillais, le sifaka de Verreaux, le kiwi de Mantell, le bois de senteur… ? Éteint à l’état sauvage, vulnérable ou en danger, chacun à sa façon a colonisé une île volcanique, qu’il s’agisse de La Réunion, de l’Australie, des Antilles ou de Madagascar ! Dans ces milieux insulaires, ces espèces isolées ont évolué pour en créer de nouvelles qui n’existent nulle part ailleurs. Hélas, ces formes dites endémiques sont menacées par les espèces sauvages et domestiques introduites, volontairement ou non, ainsi que par les activités humaines perturbant plus spécifiquement ces milieux confinés et restreints géographiquement.

Tigre de Sumatra © Emmanuelle Blanc - MNHN

Tigre de Sumatra © Emmanuelle Blanc - MNHN, par Emmanuelle Blanc

Menace tropicale
L’arrêt s’impose devant le tigre de Sumatra, fascinant. Gravement menacé, il suscite toujours la même réaction d’admiration… Les forêts tropicales sont les milieux les plus riches en espèces, végétales et animales. Elles couvrent moins de 5 % de la surface du globe mais hébergent les deux tiers de toutes les espèces vivantes ! Autant dire que leur inventaire ne fait que commencer… Drill, harpie, colobe noir… des centaines d’espèces de mammifères et d’oiseaux sont menacées en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, essentiellement par la déforestation.

Extinctions en France
Pour finir votre visite, un petit état des lieux de l’extinction des espèces en France. La chasse a d’abord été responsable de la disparition de nombre d’entre elles, à l’image du bouquetin des Pyrénées. Certaines dites nuisibles, comme la loutre ou le loup, ont fait l’objet d’éradications volontaires. À partir du XVIIe siècle, les disparitions se sont accélérées à mesure que régressaient les habitats sauvages. C’est aujourd’hui la menace la plus sérieuse pour les flores et les faunes de métropole et d’outre-mer. Depuis 1994, certaines espèces ont vu leur statut aggravé, tandis que d’autres reconquièrent leur territoire, comme la loutre et le loup. Alors, vigilance autour du lynx, du crapaud vert, de l’esturgeon commun ou de gypaète barbu !

À la sortie de la salle saluez Kiki, un représentant naturalisé de la tortue géante des Seychelles, une espèce encore menacée, mais désormais protégée dans son habitat naturel…

En savoir plus sur le cerf de Schomburgk et sur le couagga de Louis XVI (Les collections).